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L'atelier de décors

La naissance d’un décor d’opéra : étapes de la construction d’un rêve

 

La création d’un décor d’opéra est le fruit d’un complexe processus de maturation qui commence avec la programmation initiale (choix de l’œuvre lyrique), et se déroule par étapes jusqu’au lever de rideau final.

La phase de conception : rencontre des imaginaires et des savoirs

Les principaux acteurs de cette phase de conception sont le metteur en scène, désigné par le directeur artistique en fonction de l’opéra à représenter, et le scénographe, choisi conjointement par le directeur artistique et le metteur en scène, ce dernier pouvant dans certains cas être également scénographe.

Le metteur en scène, au regard de l’œuvre, pense le décor dans sa relation avec la mise en scène et en précise les impératifs. Le scénographe imagine alors des passages de portes, des passerelles, des niveaux, des machineries, répondant à ce desiderata et intègre la dimension esthétique de l’œuvre.

Lorsque l’harmonie entre structure imaginée et mise en scène est trouvée, le scénographe réalise une maquette en volume (aux proportions), des plans de construction (épures d’architecture) et des maquettes complémentaires du détail des peintures (colorées en fonction des futurs jeux de lumières).

Il remet alors ces éléments au chef décorateur de l’atelier des décors avec lequel le metteur en scène et lui-même ont parfois eu des réunions préparatoires, visant à permettre une convergence de points de vue et optimiser l’imprégnation de l’œuvre future.

A l’atelier, le chef décorateur convoque les différents responsables des « corps d’état » qui le composent : le premier peintre décorateur, le responsable menuisier constructeur, le ferronnier d’art, ainsi que le chef machiniste. Tous étudient ensemble les modalités de réalisation du décor grandeur nature.

Les stratégies de mise en œuvre sont extrêmement complexes puisqu’elles doivent non seulement permettre un changement considérable d’échelle par rapport aux documents d’exécution (certains décors font 8 mètres de haut), mais également intégrer une problématique spatiale à plusieurs niveaux (espace visuel des spectateurs – espace scénique des artistes – espace fonctionnel du déplacement des décors) et respecter les impératifs techniques et de machineries :

• délais de livraison (lié au lever de rideau)

• délais d’installation durant les représentations – changements à vue – en précipité – pendant les entractes (conditionnés par la musique et le livret : actes – tableaux…)

• contraintes de manipulation : distribution des décors dans les cintres – les lointains – les dégagements des côtés (cour et jardin) – les dessous.

• normes de dimension pour le transport (nécessité de morceler certaines pièces). Lorsque tous ces paramètres sont pris en compte, le chef des décors réalise un devis descriptif et un devis estimatif des travaux puis soumet ce dernier au directeur artistique, à l’administrateur général et au directeur de production. Dès que le quitus est obtenu, les travaux peuvent commencer.
La réalisation artistique s’appuie alors sur le travail documentaire effectué par le chef des décors qui supervise également les différents niveaux d’exécution où chacun doit s’impliquer pleinement.

Chaque réalisation de décor est une aventure dans laquelle les ouvriers décorateurs s’investissent en cherchant des solutions aux problèmes toujours nouveaux de structures, de formes, de matière, de couleur. Aux acquis de l’expérience, doivent s’ajouter d’ingénieuses innovations. La dimension imaginaire et matérielle de la création d’un décor d’opéra exige donc une inventivité et une ingéniosité sans limites liées à une connaissance parfaite des contraintes et à un pragmatisme absolu. Si, pour le spectateur, le décor apparaît comme lieu éphémère d’illusions, de lueurs, de fantasmagories, il est, pour les auteurs, la nécessaire alliance des délires construits et des rigueurs insoupçonnables.